Trauma : pourquoi mon corps réagit encore alors que c'est fini ?
Ton corps réagit encore alors que l'événement est terminé ? Comprends simplement les liens entre trauma, mémoire, déclencheurs et réactions de protection.
EXPLICATION THÉRAPIE
Manon PERRET
10/12/20267 min read
Pourquoi ton corps réagit encore alors que l'événement est terminé ?
"Je sais que c'est fini... alors pourquoi je réagis encore comme ça ?"
Tu sais que cette relation est terminée.
Tu sais que cet événement appartient au passé.
Tu sais que tu es en sécurité aujourd'hui.
Et pourtant...
Une parole, une odeur, un endroit, une situation, un comportement ou parfois quelque chose que tu n'arrives même pas à identifier suffit à déclencher une réaction.
Ton coeur s'accélère. Tu te crispes. Tu as envie de partir. Tu te sens soudainement mal. Tu te figes. Une émotion énorme arrive alors que, rationnellement, tu sais très bien qu'il n'y a pas de danger.
C'est justement l'une des choses les plus déroutantes après un événement traumatique ou particulièrement marquant : ta tête peut savoir que c'est terminé alors qu'une partie de toi continue à réagir comme si quelque chose menaçait encore.
Alors non, le but n'est pas de voir un traumatisme derrière chacune de nos réactions.
Mais lorsqu'un événement du passé continue de provoquer des réactions fortes dans ton présent, il peut être intéressant de comprendre ce qui se passe.
Un traumatisme, ce n'est pas simplement un mauvais souvenir
Quand on parle de traumatisme, on imagine souvent un événement extrêmement grave.
Pourtant, toutes les personnes ayant vécu un événement potentiellement traumatique ne développent pas un trouble de stress post-traumatique (TSPT), et toutes les souffrances liées au passé ne correspondent pas non plus à ce diagnostic.
Il est important de faire cette différence.
Après certains événements, des souvenirs, des émotions ou des sensations peuvent néanmoins rester particulièrement difficiles à vivre.
Cela peut arriver après une agression, un accident, un événement violent ou choquant, mais également dans le contexte d'une séparation particulièrement difficile, d'un deuil ou d'autres expériences ayant profondément marqué une personne.
Ce qui compte alors n'est pas uniquement ce qui s'est passé.
C'est aussi ce que cette expérience provoque encore chez toi aujourd'hui.
"Je sais que je ne risque rien, mais mon corps réagit quand même"
C'est souvent là que l'incompréhension commence.
Imagine que tu as vécu une situation dans laquelle tu as eu très peur.
Aujourd'hui, cette situation est terminée.
Avec ta tête, tu le sais.
Mais certains éléments qui ressemblent ou rappellent l'expérience passée peuvent encore déclencher une réaction.
C'est ce que l'on appelle notamment des déclencheurs.
Cela peut être :
une odeur ;
une voix ;
une musique ;
un endroit ;
une date ;
une expression du visage ;
une sensation corporelle ;
un bruit ;
une dispute ;
un comportement chez quelqu'un ;
une situation qui ressemble, même vaguement, à ce qui a été vécu.
Et parfois, tu ne comprends même pas immédiatement ce qui a déclenché ta réaction.
Tu sais simplement que ton corps vient de passer en mode alerte.
Combattre, fuir... ou se figer
Face à une menace, notre organisme possède différents mécanismes de protection.
On parle souvent des réactions de combat, de fuite ou de figement.
En version très simple :
Combattre, c'est lorsque ton système se prépare à faire face. Tu peux ressentir de la colère, de l'irritabilité, une forte tension ou un besoin de te défendre.
Fuir, c'est le besoin de t'éloigner. Tu veux partir, éviter la situation, ne plus voir certaines personnes ou ne surtout pas retourner dans certains endroits.
Se figer, c'est lorsque tu te sens comme bloqué(e). Tu n'arrives plus à réfléchir correctement, à parler ou à réagir comme tu voudrais.
Ces réactions ont une fonction : nous protéger lorsqu'un danger est perçu.
Le problème apparaît notamment lorsque l'alarme se déclenche alors que le danger appartient désormais au passé.
Ton cerveau ne cherche pas à te compliquer la vie
Quand tu vis ces réactions, tu peux finir par t'en vouloir.
"Pourquoi je suis encore comme ça ?"
"Pourquoi je n'arrive pas simplement à passer à autre chose ?"
"Pourquoi je réagis autant ?"
"Ça fait pourtant des mois... ou des années."
Mais ton cerveau ne fait pas volontairement ça pour t'empêcher d'avancer.
Après un traumatisme, certaines personnes peuvent notamment présenter une hypervigilance, des souvenirs intrusifs, des cauchemars, de l'évitement ou une forte réactivité face à certains rappels de l'événement. Ces réactions font partie des symptômes que l'on peut retrouver dans le trouble de stress post-traumatique, même si seul un professionnel qualifié peut poser un diagnostic.
Autrement dit : une réaction très forte aujourd'hui peut parfois être liée à une expérience qui, elle, appartient au passé.
Et comprendre cela change déjà beaucoup de choses.
Pourquoi "arrête d'y penser" ne suffit pas toujours
Si seulement ça fonctionnait...
Quand quelque chose nous fait souffrir, notre entourage peut avoir de bonnes intentions :
"C'est fini maintenant."
"Essaie de ne plus y penser."
"Passe à autre chose."
"Il faut avancer."
Le problème, c'est qu'on peut vouloir avancer très fort et continuer malgré tout à ressentir certaines réactions.
Parce qu'avancer ne consiste pas simplement à décider intellectuellement de ne plus penser à quelque chose.
Tu peux parfaitement avoir reconstruit une partie de ta vie tout en gardant certaines réactions liées à ce que tu as vécu.
Tu peux refaire confiance... mais paniquer dans une situation précise.
Tu peux avoir fait le deuil d'une relation... mais être bouleversé(e) lorsque quelque chose te la rappelle.
Tu peux savoir que tu es en sécurité... et sentir ton coeur s'emballer malgré tout.
C'est justement cette différence entre ce que tu sais et ce que tu ressens qui peut devenir épuisante.
Quand l'évitement finit par rétrécir ta vie
Il existe aussi une réaction très humaine : éviter ce qui fait mal.
Au début, cela peut soulager.
Tu ne vas plus à cet endroit.
Tu évites certaines conversations.
Tu ne regardes plus certaines photos.
Tu ne conduis plus sur cette route.
Tu ne t'engages plus dans une relation.
Tu fais tout pour ne jamais ressentir à nouveau ce que tu as ressenti.
Le problème, c'est que l'évitement peut progressivement prendre beaucoup de place.
Et parfois, sans même t'en rendre compte, tu ne construis plus ta vie uniquement en fonction de ce que tu veux...
Tu la construis aussi autour de ce que tu ne veux surtout plus ressentir.
Alors, peut-on travailler sur ces réactions ?
Oui, certaines approches psychothérapeutiques ont été spécifiquement étudiées dans la prise en charge du trouble de stress post-traumatique.
Parmi elles, on retrouve notamment l'EMDR.
L'Organisation mondiale de la Santé cite l'EMDR et les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le traumatisme parmi les interventions disposant du plus de données probantes pour le traitement du TSPT.
Les recommandations NICE indiquent également l'EMDR parmi les interventions proposées aux adultes présentant un TSPT ou des symptômes cliniquement importants de TSPT dans certaines situations. Elles précisent que l'approche doit être structurée, progressive et réalisée par un praticien formé et supervisé.
Cela ne signifie pas que l'EMDR convient automatiquement à chaque personne ou à chaque difficulté.
Un accompagnement doit rester individualisé.
Ce que je travaille avec les personnes que j'accompagne
Dans mon cabinet près de Valenciennes, j'accompagne exclusivement des adultes, notamment lorsque quelque chose de leur histoire continue à peser lourdement sur leur présent.
Traumatisme.
Evénement choquant.
Deuil.
Séparation difficile.
Blessures émotionnelles.
Anxiété.
Peur de revivre la même chose.
Sensation d'être bloqué(e) malgré tous les efforts déjà réalisés.
Selon l'histoire, les besoins et la situation de chacun, j'utilise différents outils, notamment l'EMDR*, l'hypnose et la PNL, ainsi que des approches complémentaires.
Il ne s'agit pas d'effacer ce qui s'est passé.
Et encore moins de prétendre que ton histoire n'a jamais existé.
L'objectif est de travailler sur ce qui, dans cette histoire, continue encore aujourd'hui à déclencher de la souffrance ou à limiter ta vie.
Quelques questions à te poser
Si certaines réactions te semblent difficiles à comprendre, demande-toi :
"Dans quelles situations est-ce que mon corps réagit le plus ?"
"Qu'est-ce que j'ai peur qu'il arrive à ce moment-là ?"
"Est-ce que cette sensation me rappelle quelque chose que j'ai déjà vécu ?"
"Qu'est-ce que j'évite aujourd'hui à cause de ce qui s'est passé hier ?"
"Est-ce que mon passé influence encore certaines de mes décisions ?"
Tu n'auras peut-être pas toutes les réponses.
Et ce n'est pas grave.
Parfois, identifier simplement que quelque chose continue à faire mal constitue déjà un premier pas.
FAQ
Pourquoi mon corps réagit-il encore à un traumatisme ancien ?
Certains rappels d'un événement traumatique peuvent continuer à déclencher des réactions émotionnelles et physiques longtemps après celui-ci. Dans le TSPT, on peut notamment retrouver une hypervigilance, des réactions fortes à certains déclencheurs, des souvenirs intrusifs et de l'évitement.
Peut-on avoir des réactions traumatiques plusieurs années après ?
Oui. Certaines difficultés liées à un événement traumatique peuvent persister ou devenir particulièrement visibles face à certains déclencheurs. Cela ne signifie cependant pas que toute réaction émotionnelle correspond à un TSPT.
Pourquoi est-ce que je me fige dans certaines situations ?
Le figement peut faire partie des réactions automatiques de défense face à une menace perçue. Il ne s'agit pas nécessairement d'un choix conscient.
L'EMDR permet-elle d'oublier un traumatisme ?
Non. L'objectif de l'EMDR n'est pas d'effacer un souvenir. Dans le cadre du TSPT, elle vise notamment à travailler sur les souvenirs traumatiques et la détresse qui leur est associée.
Comment savoir si j'ai besoin d'être accompagné(e) ?
Lorsque les réactions liées au passé deviennent envahissantes, entraînent beaucoup d'évitement ou perturbent tes relations, ton sommeil, ton travail ou ton quotidien, il peut être pertinent d'en parler à un professionnel. Un médecin ou un professionnel de santé mentale pourra également évaluer la présence éventuelle d'un trouble nécessitant une prise en charge spécifique.
Ton histoire est passée. Mais est-ce que ton corps le ressent aussi ?
C'est peut-être finalement la question la plus importante.
Parce qu'il y a une différence entre survivre à quelque chose, réussir à continuer sa vie... et se sentir réellement libéré(e) de ce que cet événement provoque encore aujourd'hui.
Tu n'as pas besoin d'oublier ton histoire pour avancer.
Mais tu peux commencer à travailler sur le poids qu'elle a encore dans ton présent.
Ose faire ce premier pas. J'ensoleille ton chemin. Ensemble, on avance.


